Espace presse
Presse 2011
TÉLÉRAMA
Pas plastique pour un sou mais joliment élastique, le festival Plastique, Danse, Flore, piloté par le danseur Frédéric Séguette, possède bien des atouts : une programmation de pointe (Mickaël Phelippeau saisi dans un bain de lumière jaune, l’Espagnole Angels Margarit prise de vertige, Olivia Grandville amoureuse et cocasse...) dans un décor de verdure tout ce qu’il y a d’élégant, celui du potager du roi à Versailles. Trois jours seulement de réjouissances mais week-end joyeux et excitant assuré.
Rosita Boisseau - 19 septembre 2011
L’ ART DES JARDINS
Plastique Danse Flore au Potager du Roi
Dédiée à la création contemporaine et chorégraphique, cette manifestation établit aussi un rapport étroit à la question du paysage. Une quinzaine d’artistes de notoriété nationale et internationale, issus des champs de la danse contemporaine, de la performance et des arts visuels sont accueillis chaque année. Le programme 2011 prévoit une performance dansée d’Alban Richard les 16 et 18 septembre en soirée ; un programme de danses libres le 17 septembre au soir par François Chaignaud et Cecilia Bengolea.
L’Art des Jardin n°9, été 2011
MOUVEMENT
Danse royale in situ
Un paradoxe sous-tend Plastique Danse Flore. Rendez-vous donné au Potager du Roi à Versailles : cadre strict de théâtralisation de l’horticulture par le pouvoir absolu, invariant depuis le Grand Siècle. Mais rendez-vous de la danse in situ, enivrée de libres tracés. Cadre encore majoré par son choix de dates (les populaires Journées du Patrimoine), libéré par la curiosité incisive de Frédéric seguette, danseur-programmateur. Cueillir l’essai de Claudia Triozzi avec cavalière et cheval ; ou les travaux de Transforme, formation expérimentale conduite par Myriam Gourfink. Humer, rares, la barcelonaise Angels Margarit, ou Virginie Garcia s’inventant après régine Chopinot – elle en fut la plus fidèle interprète. Des terrasses, les Danses libres de Chaignaud –Bengolea exultent, les créations lumineuses d’Yves Godin paysagent la nuit. Reste à butiner les interstices d’un nouveau bi-portrait de Phélippeau, moissonner les rencontres musicales d’Alban Richard, buissonner des visites ludiques. Sans bouder les canapés observatoires, ni les paysagistes berlinois de l’agence Balto.
Gérard Mayen N° 60 juil-sept 2011 - L’agenda des possibles
LA TERRASSE
Du 16 au 18 septembre, des Journées du Patrimoine enchantées par la présence de plasticiens et de chorégraphes au Potager du Roi de Versailles. Cette cinquième édition de Plastique Danse Flore positionne le festival comme un rendez-vous incontournable par le nombre de créations, de découvertes, et d’agitateurs à rencontrer en un temps record. Impossible d’en dresser une liste exhaustive ; le mieux est de se laisser aller à flâner dans les allées du Potager. Ainsi aura-t-on le plaisir de croiser les nouveaux Bi-portraits de Mickaël Phelippeau, orchestrés comme des temps chorégraphiés de rencontre ; après les Bi-portraits dansés avec Jean-Yves, le curé de Bègles, et Yves, le danseur breton, la danseur entre en dialogue avec le plasticien Jean-Luc Verna. C’est tête en bas que l’on verra danser Kevin Jean dans la 36ème chambre, entravé et en bien mauvaise posture. A l’inverse des danseurs “libres“ Cécilia Bengolea et François Chaignaud, qui retrouvent l’idéal d’équilibre et de pureté de la “danse libre“ propre à François Malkovsky (1889-1982), dans une recherche quasi patrimoniale de la danse.
Nathalie Yokel - septembre 2011
ParisART
Versailles. Le Potager du Roi
Claudia Triozzi signe une « conférence montée » ingénieuse où elle laboure le champ historique de la danse à partir d’un dispositif dépouillé qui met en lumière le caractère royal de sa présence comme du lieu. Une réflexion autour de la figure idéale, cette représentation de l’Autre que tout ballet classiquement met en scène.
Difficile de ne pas d’abord s’agacer, d’éprouver quelques regrets devant les imperfections de cette représentation en plein air qui malmène le travail sonore. Dans ces précédentes pièces, Claudia Triozzi nous a habitués à l’excellence d’un traitement vocal, presque trop investi, alors chaque coupure de son agit comme un coup de fouet, met à l’épreuve notre qualité d’écoute, notre attention.
A ces défaillances techniques s’ajoute le ton libre, improvisé et très déroutant d’une discussion à trois, où la chorégraphe interroge deux personnalités du monde équestre, deux modalités de la monte féminine que constituent l’Amazone et le califourchon.
Mais si la nouvelle création de Claudia Triozzi s’appuie sur une forme d’inconfort, peut-être faut-il l’accepter comme inhérente à son propos.
La thématique est lumineuse : il s’agit ici, dans le potager du roi Soleil, au moment même du coucher de l’astre, d’interroger la piste séminale du ballet équestre en tant qu’idéal, comme le suggère le titre de la pièce. Elle nous renvoie à la genèse de nos pratiques chorégraphiques, à la nature du corps que l’on fait danser, mais également à la place des femmes dans ces mouvements de révolution, où l’ouverture des cuisses est un mode distinctif définissant tout à la fois position et posture.
Aussi, la question de la discipline et de la domination se trouve au cœur de cette anodine reprise d’équitation.
Qui domine qui, du cavalier ou de la monture et qu’est-ce qui domine dans cette relation à deux ? Quel est le sujet qui mène le mouvement ?
Quelle place faite à la pulsion, au sexe ?
Petit manège brillamment commenté, l’air de rien, par une Claudia Triozzi qui comme à l’accoutumé joue tous les rôles. Tantôt élève disciplinée, qui applique comme elle peut les consignes pour tenir à cheval, tantôt maîtresse de ballet qui donne ou reprend la parole à ses « invitées », ou bien, encore, cette oreille surtout pas neutre d’une analyste à l’accent italien, toujours prête à nous renvoyer l’étrangeté d’un mot. En passant par les chemins du travail vocal, elle dégage dans chaque terme relevé toute la force du signifiant, qu’elle balance d’un air amusé avec autant d’extravagance que de naturel.
Au centre de la représentation culmine l’ensauvagement du galop, forcément sexuel, tendance sado-masochiste, à la manière du chant d’ouverture qu’entonne la chorégraphe pour venir panser son partenaire équin : « La douce ! La dure ! la douce…la Dure ».
Certes l’ensemble contient parfois quelques longueurs, et les déambulations à cheval s’avèrent certainement plus agréable à pratiquer qu’à regarder — comme nous le rappelle, avec une pointe de sarcasme, la chorégraphe—, mais il jaillit de la proposition une forme spectaculaire qui interroge avec justesse la désormais classique « conférence dansée ». Claudia Triozzi n’est pas Xavier Leroy, et sa présence en scène tout sauf un « produit de circonstance ». Il s’agit d’une étape au milieu d’un parcours, dépouillée semble-t-il de beaucoup de ses moyens, hormis la préciosité du corps de Clyde qui fait écho à celui de la danseuse.
Dans un final sans artifices, Claudia Triozzi nous enjoint à la suivre à cheval, vers un ailleurs qu’on espère aussi fertile que la terre foulée ce soir-là…
Sophie Grappin-Schmitt
ParisART
MOUVEMENT.NET
A cheval au Potager
Idéal, de Claudia Triozzi
Plastique Danse Flore chorégraphie un débordement du cadre discipliné du Potager de la Cour royale à Versailles. Claudia Triozzi caracole au cœur de ce projet.
Une surprise guette le visiteur qui découvre pour la première fois le Potager du Roi, vaste espace (neuf hectares) guère éloigné du Château de Versailles. Cette surprise réside dans l’aspect rigoureusement ordonnancé des lieux. Ceux-ci sont compartimentés par un réseau parallélépipédique d’enclos cernés de très hauts murs rectilignes. Cette rigueur est encore accentuée par le fait que la plupart des cultures sont alignées de manière stricte, volontiers soulignées par les structures métalliques d’espaliers. Cette gigantesque mise en scène de l’espace physique se redouble d’un subtil maillage de réminiscences mémorielles. Car enfin, ici on est bien chez les rois. On déambule au cœur de leur legs patrimonial.
De tout cela découle une atmosphère paradoxale : au fond des alvéoles rectangulaires jardinées, on a tôt fait de se sentir confiné, encadré, mais alors cela aiguise, en rapport, un brin d’excitation pour le débordement imaginaire. C’est dans cette tension délicieuse que viennent s’insérer les choix de programmation de Plastique Danse Flore. Plus que d’autres manifestations de danse-performance in situ, celle-ci galvanise, chez le spectateur, un sentiment de co-investissement actif dans la performativité de la relation espace-temps. A Plastique Danse Flore, on est toujours en train d’acter quelque chose.
Claudia Triozzi a pu travailler sur place en résidence, pour préparer sa pièce Idéal. Cela n’est sans doute pas pour rien dans l’éclat, déjà initial, de son installation dans l’espace. Sur un vaste gazon étiré, le regard doit se dérouler selon des perspectives radicales d’éloignements et de rapprochements. Tout cela est émaillé – mais non encombré – de présences sobres de quelques chaises, d’une harpe, d’éléments de diffusion sonore, d’une pelle plantée en terre par le manche, de portiques, barres et plots, disséminés dans un paysage où se disputent verticalités et horizontalités. Il faut encore y rajouter une sensation d’horizon urbain très dégagé, et de houleuse vastitude d’un sombre ciel d’automne. Déjà, rien d’ennuyeux.
Les êtres vivants, à présent : un beau cheval d’équitation, puis trois femmes. L’écuyère attitrée de la bête, volontiers monitrice en démonstration de sport équestre. Plus âgée, assise à la façon d’une aimable promeneuse, une conférencière, historienne de la relation entre la femme et le cheval – et en elle-même alliage délicieux de développements doctes et de décontraction bon enfant. Où l’on apprend qu’à ce jour, huit cavaliers sur dix sont des cavalières. Et qu’historiquement, les époques n’ont pas manqué qui ménagèrent un large accès au cheval pour la gent féminine – nécessités d’usage obligent – de sorte qu’un faisceau serré de significations, préceptes, considérations, s’y rattachèrent, permettant de nourrir une lecture de ces usages au jour des théories du genre.
C’est la troisième femme qui s’en occupe plus précisément : Claudia Triozzi, qui performe son désir de connaissances en même temps que sa ferme intention, traduite en actes, de s’initier personnellement à l’équitation. Une dimension joyeusement loufoque ne cesse de rôder au cœur de cette situation improbable, riche en emprunts vestimentaires, tenues corporelles marquées, commentaires et réparties à la volée. Cette vivacité des situations, entretenue par l’artiste, joue de la disparité des profils humains réunis dans cette entreprise, comme de la présence toujours noble et vaguement inquiétante d’un animal aux réactions jamais totalement prévisibles.
Relances d’essais, actions par digression, sagacité des commentaires, se tissent dans un jeu indisciplinaire de rebonds entre performances physiques, croisements discursifs, référencements théoriques, impertinences poétiques. Claudia Triozzi ne s’y départit pas d’une intrépidité de l’instant, émaillée d’éclats tout autant qu’elle maîtrise farouchement la lignée globale de son déroulé. On en est tour à tour perplexe, amusé, enseigné, et bien entendu désarçonné. Il y a de la drôlerie. Et plus. Comme un soupçon d’inquiétude.
Ce même après-midi dominical, on a encore apprécié l’essai de parfait cadrage figural et plasticien de Sylvia Hillard, visage escamoté par le ballon gonflé de White Spirit, qui tendrait à l’abstraire dans la distance d’une pure présence. Kevin Jean se suspend, lui, à une corde tête en bas. Cela s’appelle La 36e chambre. A partir de quoi il engage un tel travail de concentration et de micro-transformation de ses postures, qu’à la longue son corps s’altère dans une sculpture tridimensionnelle suspendue, en même temps qu’elle suspend nombre des paramètres convenus de la saisie d’une image-corps. C’est extrêmement troublant. Ailleurs, Alban Richard avait opté pour un duo avec musicien électronique live (Laurent Perrier), pour développer un jeu de mimiques parfois proches du grotesque. Cela avec quelque chose d’appuyé, un rien arbitraire, qui persuada toutefois que ce chorégraphe ne cesse jamais de remettre en jeu une infinie diversité d’idées. Enfin Stéphanie Aubin chorégraphiait les masses de son – néanmoins – très subtil Jeu de société.
20/09/2011 Mouvement.net
LES NOUVELLES DE VERSAILLES
Quand l’art s’invite dans la nature.
Au premier abord, l’association ne semble pas évidente et pourtant, le Plastique Danse Flore, festival de danse et de création contemporaine, s’est bel et bien tenu le week-end dernier entre les murs du Potager du Roi.
Cette 5ème édition réunissait 25 danseurs et plasticiens dont certains venus de l’étranger à l’image d’Angels Margarit, danseuse –chorégraphe catalane accompagnée dans sa performance Cartografies # 4 par Marc Égéa à la viole de gambe. Selon Antoine Jacobsohn, le responsable du Potager du Roi, « l’ambition de ce projet est de donner à voir le paysage autrement ».
Des conditions exceptionnelles.
« C’est aussi, lui répond Frédéric Seguette, le directeur du festival, l’occasion pour les danseurs, de dépasser le rapport intimiste qu’ils entretiennent avec le public. Certains artistes jouent, par exemple, à la tombée de la nuit, ce qu’ils ne peuvent pas faire, évidemment, dans un lieu clos ».
La performance réalisée samedi après-midi par Nathalie Quoniam, danseuse versaillaise accompagnée par d’autres professionnels et plusieurs figurants, montrait ce que le festival offre d’unique dans le monde de la danse contemporaine : une déambulation dans les allées du Potager, ponctuée de moments dansés au milieu de spectateurs aussi amusés qu’étonnés par cette irruption de l’art en pleine nature.
Sébastien Graille – mardi 21 septembre 2011
DANSER
La 36ème chambre de Kevin Jean
Kevin Jean se suspend, tête en bas par les pieds, à une corde. Il se trouve alors à la hauteur des spectateurs, qui ont pris place sous un grand arbre. Il reste donc proche. Mais dans une position totalement extraordinaire. Que fait-il à partir de celle-ci ? Il opère de sourdes évolutions qui laissent l’observateur perplexe. Où peut-il bien trouver l’énergie, qu’on ne perçoit jamais en force, pour devenir la liane de lui même, et ainsi mettre son corps en boucle, remonter tête vers les pieds, variant les plans, les directions et les hauteurs ? Cela, tout en patiente délicatesse, qui tranche avec sa physionomie plutôt gaillarde. La 36ème chambre n’est en rien du cirque. Ce solo offre vingt minutes de méditation sensible sur ce qui anime le plus profond du corps, et permet à Kevin Jean de s’inventer en sculpture aérienne ; de dissoudre l’organisation corporelle conventionnelle. À commencer par les représentations que nous nous en faisons.
Gérard Mayen – n° 314 - novembre 2011
DANZINE
La garden party de Plastique danse flore
La cinquième édition du festival versaillais au nom énigmatique de « Plastique danse flore » était riche et variée. Comme à l’accoutumée. Avec des déceptions, qui montrent en tout cas que Frédéric Seguette mise beaucoup sur les créations, autrement dit sur des choses « jamais vues », ni par lui ni par le public, mais qui peuvent se révéler, dans les faits, pas si inédites que cela, et d’excellentes surprises. Cela permet au spectacle, comme à l’anti-spectacle, de continuer.
Claudia Triozzi s’est débrouillée, au prétexte d’une recherche « sur la représentation du luxe associée à la figure du cheval » (dont on cherchera vainement trace dans sa « performance chorégraphique ») et d’une interrogation sur « la relation privilégiée que le féminin entretient avec cet animal », pour prendre une quinzaine de cours d’équitation aux frais de la princesse (douze avant les représentations et trois pendant), dans le cadre d’une « résidence chorégraphique ». On est ravi pour elle, même si la conférence dansée ou plutôt montée traîne en longueur, retarde de près d’une heure les deux spectacles du soir et n’offre aucune forme plastique, dansée, faunesque ou florale qui n’ait déjà été répertoriée. Certes, la jeune femme a du peps, du bagout, et même de l’humour. Elle a invité une des responsables de la Fédération française d’équitation à venir dresser l’historique de la monte en amazone et a illustré ses propos par des démos exécutées de bonne grâce par l’élégante écuyère Anne-Laure Chalumeau et son cheval Clyde. L’œuvre s’intitule Idéal, se référant sans doute au cheval de course mythique français, Idéal du Gazeau. La « chorégraphe » nous a paru, quant à elle, un peu… cavalière.
Yellow Project Versailles (ou Yellow Workshop Versailles), titre en anglais, comme il se doit, méritait le détour. Mickaël Phelippeau, avec la complicité des étudiants de l’Ecole nationale supérieure de paysage et la collaboration de Valérie Castan, s’est vraiment investi dans sa résidence versaillaise. Il a joué le jeu du collectif et de la rencontre fortuite qui est à la base de son « concept » de bi-portraits où il demande à un inconnu croisé par hasard de troquer ses vêtements avec les siens, le temps d’un instantané photographique et a, aussi, revisité le folklore régional, avec son Bi-portrait d’Yves C. consacré à Yves Calvez, chorégraphe d’un cercle de danse bretonne. Dans sa performance nocturne, le thème du jaune, traité en peinture par Yves Klein qui, à ses débuts, ne s’était pas encore focalisé sur le bleu et, bien sûr, par Olivier Debré, a servi de fil conducteur aux tâches, consignes et actions exécutées avec enthousiasme par une vingtaine de jeunes gens se fondant ou, au contraire, se détachant du paysage, de cette mare aux canards et aux canaris, miroir aux alouettes dupliquant leurs gestes, au fin fond du « jardin extraordinaire » qu’est le potager du Roi Soleil.
Phelippeau connaît ses classiques par cœur, sait ce qu’est la composition, admire les impressionnistes et leurs déjeuners bucoliques et autres dînettes orgiaques, a entendu parler d’Anna Halprin et du land art, connaît les emballages de Man Ray comme ceux de Christo, admire les films de Fellini, de Mizoguchi et de Kurosawa… Cela se voit. Sur une playlist faisant la part belle à la pop anglo-saxonne (cf. le « Yellow River », par exemple, interprété non par notre Joe Dassin mais par le créateur du tube, le Britannique Jeff Christie), les paysagistes en herbe se sont jetés à l’eau, sans le gilet de sécurité fluo de rigueur, et ont transformé le potager en cour de récréation. Le cours de Phelippeau a atteint son but et porté ses fruits.
Le concepteur de lumières Yves Godin a imaginé un Jardin des leds. Avec peu de moyens investis au départ (trois-quatre guirlandes monochromes, posées au sol ou suspendues comme des cordes à linge, quelques boules à facettes rappelant celles des discothèques d’antan, une dizaine de fauteuils gerbables assortis, en matière, naturellement, plastique), il parvient à bluffer son monde en produisant un maximum d’effet, une fois la nuit tombée. Grand Magasin, dans ce contexte noctambule, a opté pour un programme festif, une comédie musicale sans aucun dialogue, sans du tout de scène théâtrale, sans le moindre gag comique, enchaînant les 25 chansons trop courtes écrites et psalmodiées par Pascale Murtin, jouant finement sur les mots, les sons et les sens, entre « Débit de l’eau, débit de lait » et « Ta Kati t’a quitté », accompagnées par Arsène Charry, un batteur tout ce qu’il y a de pro, puis par le multi-instrumentiste François Hiffler, qui, on le sait, a plus d’une corde à son violon d’Ingres. Facile à dire, comme ça, « enchaîner » : une fois in situ, c’est pas la même chose. Il peut y avoir les intempéries, le vent qui frappe à la porte et qui renverse tout sur son passage, les amours mortes et l’écran de cette nuit blanche où l’on projette non pas des clips vidéo mais, plus prosaïquement, les lyrics du karaoké. Le froid qui paralyse la chanteuse. Ou, au contraire, le feu de la rampe leds-zeppelinesque qui aveugle les deux artistes. Sans oublier les réglages, pas toujours évidents dans le noir, de la boîte à rythme ou du volume (la sono étant, soit dit entre parenthèses, excellente).
Et les hésitations sur le ton différent ou presque de chaque tune. Malgré, ou grâce à cela, le résultat, une fois de plus, relève du miracle. La poésie et une forme d’humour assez subtile, laconique, personnelle en même temps que neutre, sont au rendez-vous. On attend avec impatience la sortie du CD.
Nicolas Villodre - samedi 17 septembre
ParisART
C’est dans la continuité de son projet bi-portrait que Mikaël Phelippeau entraine un groupe de jeunes étudiants de l’Ecole nationale Supérieure de Paysage de Versailles à produire une unique performance réjouissante au sein du festival Plastique Danse Flore.
Depuis 2006, Mickaël Phélippeau poursuit un projet d’envergure intitulé bi-portrait où il échange ses propres vêtements - toujours un T-shirt jaune et un pantalon sombre - avec une personne choisie, de façon à « se glisser dans la peau de l’autre ».
Ainsi il met en scène un double portrait où l’identité de chacun se révèle dans le produit d’une rencontre plutôt que dans la juxtaposition d’individualités.
Le festival Plastique Danse Flore exposait cette année une série de ces bi-portraits photographiques, et présentait également la pièce Bi-portrait Yves C. (2008) issue de ce projet au long cours.
Avec Yellow Workshop Versailles, pièce créée à la suite d’un atelier in situ avec des étudiants de l’ENSP, on assiste à une démarche similaire. Sauf qu’il s’agit d’un groupe, et que le chorégraphe s’efface au profit du paysage.
Le jeu semble se complexifier et s’enrichir grâce à cette légère entorse à la règle qui veut qu’un corps se substitue à un autre. En disparaissant de la scène, ou en l’occurrence du « tableau », Mickaël Phelippeau laisse la part belle au lieu, qui devient le véritable sujet de cette (re)présentation. Il en résulte une forme de dialogue entre l’environnement et le groupe : l’individu a laissé
place aux ensembles et, ce faisant, à d’autres formes de corps.
A l’évidence les étudiants ont continué de plancher sur la notion de paysage - glissant du corps au décor - ainsi que sur la couleur jaune, dans une performance qui flirte avec les références artistiques, déroule une succession d’esquisses et de collages délicieusement légère.
La troupe commence par envahir la profondeur du champ, sur l’autre rive du plan d’eau qui s’étend, devant nous, dans le parc Balbi. Puis ils se costument de jaune et débutent une invasion ordonnée, avec plus ou moins de rigueur, sur l’air d’un jardin extraordinaire de Trenet.
On s’enchante donc de voir naître et s’évanouir des moments de l’histoire du paysage dans l’art, depuis ses peintures du XVIIème siècle français, à l’obligatoire motif mythologique, jusqu’à l’emballage d’une île, proche d’un Christo ; mais aussi des références à la danse, quelques mouvements d’ensemble rappelant les Early Works de Trisha Brown, un faune par ci… quand ce n’est pas le cinéma qui est convoqué.
Ainsi la pièce accumule les citations en un paysage culturel, visuel et sonore qui se superpose à notre vision du lieu, la déforme et l’ordonne selon. Seuls l’odeur de la vase remuée pour l’occasion, le chant d’un oiseau au crépuscule, ou encore l’écho du passage d’un train de banlieue, nous rappellent à l’ordre du réel et dénoncent l’illusion. Délicieux mélange de registres, où l’on ne sait plus ce que l’on contemple, quelle vérité, quelle nature la main de l’homme révèle.
Ici réside justement le petit miracle, la grâce de cette oeuvre éphémère : dans l’apport vital d’une jeunesse qui danse et célèbre cette danse, sans faire semblants, mais avec toute l’énergie festive et nécessaire pour se jeter véritablement à l’eau.
Sophie Grappin-Schmitt - 27 septembre 2011
VERSAILLES MAGAZINE
Les 18 et 19 septembre se sont déroulées les traditionnelles Journées européennes du Patrimoine à Versailles, centrées cette année sur la thématique du voyage. À cette occasion, les visiteurs ont pu découvrir ou redécouvrir la richesse patrimoniale, artistique et créative de la cité royale, mise en valeur notamment par ses établissements culturels qui avaient ouvert leurs portes pour l’événement.
Les visites guidées du Potager du Roi ont accueilli de nombreux amateurs de jardin, ainsi que la 5e édition du festival Plastique Danse Flore et ses créations chorégraphiques, ses projets photographiques et ses programmes de danses libres.
Octobre 2011
