Nino Laisné & François Chaignaud

Mourn, O Nature

L’éclectisme de Michael Jackson s’illustre dans une discographie complexe, qui s’étire du funk au rock, allant jusqu’au disco et au rap. Des témoignages de son fidèle professeur de chant Seth Riggs révèlent qu’il pratiquait aussi des airs lyriques, avec un goût particulier pour l’opéra français du XIXe siècle. Il aurait même songé enregistrer ses interprétations avant d’y renoncer, probablement à cause d’un inconfort avec la langue française.

« Pourquoi me réveiller, O souffle du printemps », véritable tube de l’opéra Werther de Jules Massenet, faisait partie des airs que chantait Jackson dans l’intimité de son studio. Cette information, méconnue et intrigante sert de point de départ à Nino Laisné et François Chaignaud pour le projet « Mourn, O Nature! ».

Dans une esthétique qui oscille entre opéra et Pop, clip et fantasmagorie cinématographique, ils réinventent un Werther qui aurait été absorbé par Jackson. Des traits communs inattendus entre le Roi de la Pop et le Jeune Werther se dessinent : une même fascination pour la nature, le désir de revisiter des légendes ancestrales et l’expression d’un désarroi amoureux.

Dans une grotte presque surnaturelle, paré de costumes anciens empruntés à l’Opéra de Paris, François Chaignaud, donne corps à ce Werther fictif, devenu anglophone. Les airs de l’opéra ici traduits en anglais révèlent une troublante proximité avec certains textes de Jackson. Le performeur chante, danse et se métamorphose, il glisse entre différents registres vocaux et physiques et semble prolonger le rêve d’expression totale de Jackson. L’écriture cinématographique et musicale de Nino Laisné transforme les abîmes de la grotte en immense décor de studio. Les spectres du passé y résonnent jusque dans les poèmes d’Ossian, que traduisait Werther, évoquant « sa splendeur passée ». S’y reflètent aujourd’hui les destins croisés du héros romantique et du Roi de la Pop.

Mourn, O Nature!, 2018

film HD / couleur / son / 10 min

Œuvre produite par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, Paris, dans le cadre de l’exposition « Michael Jackson : On the wall » 2018/2019.

NINO LAISNÉ

Né en 1985, Nino Laisné explore depuis une dizaine d’années un univers teinté d’étrangeté dans lequel la photographie et le cinéma dialoguent avec d’autres arts, notamment la musique et le spectacle vivant. Porteurs de questionnements historiques et/ou sociolgiques, ses projets témoignent en outre d’un intérêt prononcé pour la culture hispanophone.

FRANÇOIS CHAIGNAUD

Né en 1983, François Chaignaud est diplômé du Conservatoire Supérieur de Danse de Paris. Depuis 2003, il danse auprès de nombreux chorégraphes : Boris Charmartz, Emmanuelle Huynh, Gilles Jobin, Tiago Guedes, Alain Buffard… Il présente des performances et concerts dans des lieux les plus divers, à la croisée de différentes inspirations – de la littérature érotique (Aussi Bien Que Ton Cœur Ouvre Moi Les Genoux, 2008) à l’opérette, jusqu’à l’art du hulla hoop (Duchesses, 2009, créé avec Marie-Caroline Hominal). Il initie des collaborations déterminantes, notamment avec la légendaire drag queen de San Francisco Rumi Missabu, le performeur Benjamin Dukhan, ou le cabarettiste Jérôme Marin (Sous L’Ombrelle, 2011). En 2012, il participe à la création de Sacre # 197 de Dominique Brun.
En 2008, François Chaignaud et Cecilia Bengolea fondent la compagnie Vlovajob Pru. Depuis, un dialogue soutenu entre les deux chorégraphes donne vie à des œuvres hétéroclites. Ensemble ils créent Pâquerette (2005-2008), Sylphides (2009), Castor et Pollux (2010), Danses Libres (d’après des chorégraphies de François Malkovsky et Suzanne Bodak, 2010), (M)IMOSA (co-écrit et interpété avec Trajal Harrell et Marlene Monteiro Freitas, 2011) et altered natives’ Say Yes To Another Excess – TWERK (2012).